L'hyperconnexion: quand notre smartphone un objet transitionnel !
- Aurore Andrieux

- 23 févr.
- 2 min de lecture

Regardons autour de nous, dans les transports, au restaurant ou même dans l’intimité de notre chambre. Ce petit rectangle de verre et de métal semble être devenu le prolongement de notre main. Mais au-delà de l'addiction technologique souvent décriée, que nous dit ce lien sur notre psychisme ? Et si le smartphone n'était pas seulement un outil, mais ce que Donald Winnicott appelait un objet transitionnel ?
Le "doudou" de l'adulte.
Pour le jeune enfant, l'objet transitionnel (le doudou) est ce qui permet de faire le pont entre lui et le monde extérieur, l'aidant à supporter l'absence de la mère. Il crée une "aire intermédiaire" de jeu et de sécurité. À l'âge adulte, le smartphone semble avoir repris ce rôle. Il est cet objet que l'on palpe dans sa poche pour se rassurer, celui qui nous protège du vide, de l'ennui et surtout de l'angoisse de séparation. Être "connecté", c'est s'assurer que l'objet (l'autre, le monde) n'est jamais tout à fait absent.
Le refus du manque et de l'absence
« Pour avoir faim, il faut avoir l'estomac vide. C'est la même chose pour l'esprit : c'est quand l'autre n'est pas là que l'on commence à l'espérer ou à imaginer. Le smartphone, lui, nous propose un "grignotage" permanent qui nous coupe l'appétit de penser. »
Une question ? Une réponse Google. Une solitude ? Un scroll sur Instagram. Le téléphone nous donne l'illusion d'être "comblés", alors qu'il ne fait qu'étouffer nos pensées. Il agit comme un filtre qui nous protège du silence, mais ce filtre finit par nous fatiguer à force de nous maintenir dans un état de stimulation permanente.
De l'objet qui lie à l'objet qui emprisonne.
Si le doudou de l'enfant est un passage vers l'autonomie, le smartphone peut devenir un piège.
Quand nous avons le nez sur notre écran, il n'y a plus d'espace pour la rêverie, pour ce "vagabondage de l'esprit" qui est pourtant essentiel au travail sur soi.
À travers les réseaux sociaux, nous ne cherchons plus seulement à être connectés, mais à être validés. L'écran devient un miroir où l'on guette son propre reflet.
Retrouver le chemin de soi.
L'idée n'est pas de diaboliser la technologie, mais de comprendre ce que nous cherchons à "calmer" en nous lorsque nous déverrouillons notre écran pour la centième fois de la journée. Le travail analytique propose justement de restaurer cette capacité d'être seul. C’est dans ce silence là, enfin retrouvé, que la parole véritable peut se manifester.
L’écran ou le rêve : choisir son espace intérieur.
Il existe une différence fondamentale entre l'espace de l'écran et celui du rêve. L'écran nous impose des images venues de l'extérieur ; il sature nos sens et nous place dans une position de consommation passive. À l'inverse, le rêve ou laisser libre court à son esprit de vagabonder, est une production de notre propre théâtre intérieur.
Le smartphone occupe le moindre moment de vide, ce qui nous empêche de transformer nos émotions en idées ou en projets. Tant que nos yeux sont fixés sur l'écran, notre monde intérieur reste dans l'ombre. Entreprendre une démarche thérapeutique, c'est s'offrir une pause numérique pour écouter ce que nous avons vraiment à dire. C'est passer d'une connexion virtuelle à une véritable rencontre avec soi.




Commentaires